COMM PRESSE | Baignade à Bruxelles : Évitons que le projet ne prenne l’eau
Etang du bois de la Cambre en août 2016

Vendredi dernier, la Ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Frémault dévoilait les 6 lieux qu’elle souhaitait ouvrir à la baignadedurant la prochaine saison d’été, pour un test grandeur nature.

Ainsi, l’étang des Pêcheries à Watermael-Boitsfort, l’étang du Rouge-Cloîtreà Auderghem, l’étang de la Pede à Anderlecht, l’étang du Bois de la Cambreà Bruxelles, l’étang du Fleuriste à Laeken et le canal, à hauteur du campus du CERIA à Anderlecht seraient concernés pour ces nouveaux lieux de baignade.

Malgré les analyses positives actuelles, le conseiller communal de Bruxelles Geoffroy Coomans de Brachène tient à apporter de réelles réserves quant à certains lieuxproposés pour ce test. En effet, même si l’initiative est sympathique et peut sembler séduisante pour bon nombre de Bruxellois, il n’en demeure pas moins que plusieurs de ces lieux restent des sanctuaires pour la préservation de la nature au cœur même de Bruxelles, des poumons verts essentiels pour tous les habitants mais aussi de petites réserves naturelles qu’il convient de protéger.

Lieux de détente ou lieux d’habitat

Aujourd’hui, plusieurs de ces étangs voient déjà leurs écosystèmes fragilisés par les diverses pollutions de la Ville. Or, faut-il encore le rappeler, ces étangs sont avant tout le lieu d’habitat d’une multitude d’espècesde poissons, canards et oiseaux dont c’est le seul environnement. Le fragiliser encore reviendrait à mettre plus à mal ces biotopes et ceux qui les occupent. 

« Alors que les préoccupations environnementales et les exigences pour la planète sont plus fortes que jamais, nous avons collectivement le devoir de préserver et valoriser la nature, à commencer par celle qui nous entoure ». 

Voici 2 ans, le Collège de la Ville de Bruxelles avait déjà envisagé la possibilité de baignade dans le bois de la Cambre mais avait finalement renoncé car l’étang du bois de la Cambre n’offrait pas toutes les garanties sanitaires pour nager et aurait mis à mal la biodiversité déjà sensible par périodes. Par ailleurs, ce lac étant artificiel et ne disposant pas de débit d’entrée et de sortie, l’eau ne peut s’évacuer naturellement. 

Le « bouillon bactériologique » n’en rend la vie que plus précaire lors des grandes périodes de chaleur. En témoignent les pompes tournant à plein régime durant l’été afin de réoxygéner autant que possible l’eau, de même que les régulières épidémies de botulismedont souffrent les canards vivant à proximité.

https://www.rtl.be/info/vous/temoignages/-chaque-jour-je-ramasse-2-ou-3-canards-morts-philippe-s-inquiete-que-se-passe-t-il-dans-l-etang-du-bois-de-la-cambre–935979.aspx

Se baigner au bord d’une autoroute

Quant au canal de Bruxelles, y autoriser la baignade aujourd’hui semble irréaliste, voire irresponsable. Comme administrateur du Port de Bruxelles, Geoffroy Coomans de Brachène sait à quel point il peut être délicat de laisser des baigneurs sur cette « autoroute pour bateaux ». Certes, nul doute que la Ministre de l’Environnement limitera la zone de baignade sur un côté afin de ne pas empêcher le trafic fluvial dans la zone. Mais la question de la qualité de l’eau reste clairement posée.

« Même après avoir tiré la chasse d’eau, iriez-vous mettre un pied dans votre toilette ? » 

Cette image peut interpeller, mais correspond malheureusement à la réalité puisque le canal de Bruxelles reste le déversoir pour les égouts de la capitale lorsque le niveau est trop haut, ce qui laisse présager des périodes critiques pour la qualité de l’eau de baignade.

Autre processus moins connu mais néanmoins essentiel pour le bon fonctionnement du canal, l’eau – potentiellement mélangée à celle des égouts – est en partie pompée à Willebroeck pour être réinjectée plus en amont afin de compenser le débit de consommation des écluses. Autant dire que l’on a pas vraiment envie d’y boire la tasse…

Fragilité extrême

Quant aux étangs situés dans le Jardin du Fleuriste, il s’agit également de 2 petits bassins artificiels et fort fragiles contenant de nombreuses plantesdont des nénuphars. Bien que les analyses bactériologiques soient positives en hiver, on espère qu’il en sera de même durant les mois d’été, et que les crèmes solaires et autres parfums ne mettront pas à mal l’équilibre délicat pour les poissons et les plantes immergées.

Le jardin du Fleuriste, petit écrin fragile à Laeken

Privilégier les bassins artificiels

Afin de préserver la biodiversité, Geoffroy Coomans de Brachène préconise d’étudier d’autres pistes qui ne risquent pas fragiliser le biotope de la faune et la flore. Plusieurs exemples existent : ainsi, moyennant de légers aménagements, les 2 bassins situés au Vismet, dans le cœur de la Ville, pourraient parfaitement répondre au souhait des riverains qui manquent d’espaces verts et de lieux pour se rafraîchir dans cette partie de la capitale. De même, le bassin situé place de Belgique, sur le plateau du Heysel pourrait parfaitement faire l’affaire.

Par ailleurs, à l’instar de ce qui se pratique déjà en Wallonie, la création d’un « écolabel des eaux de baignade » pourrait à terme être mis en place afin d’informer au mieux les Bruxellois de la qualité de l’eau, jour après jour, et ce afin d’éviter que le projet ne finisse par prendre l’eau !

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